Gouvernance des ouvrages structurants dans le bassin du Niger: Enjeu de la participation de la société civile

006En Afrique comme ailleurs, la société civile est souvent perçue par les gouvernants comme des syndicalistes, des opposants à leurs intérêts. Sur la question des barrages cela parait encore assez ascensionnel dans un contexte où les communautés elles-mêmes n’accueillent pas très généralement ces projets d’un air positif.

On pourrait donc se poser la question, est-ce utile réellement la participation de la société civile dans la gouvernance des ouvrages structurants? A mon avis oui, les populations riveraines des barrages en majorité analphabètes, ont souvent une connaissance très limitée sur les enjeux des barrages avec un réflexe négatif sur leur apport au développement local de leurs zones. Face à cette problématique, l’appui de la société civile serait déterminant pour intégrer le projet au sein des communautés et créer des conditions d’une participation responsable de celles-ci en tant que partenaires et bénéficiaires.   

Quels rôles joués par les Coordinations Nationales et Régionale des usagers(CNU) des ressources du bassin du Niger dans la gouvernance des barrages?

Je voudrais ici noter que l’Autorité du Bassin du Niger (ABN) pour encourager la participation de la société dans l’élaboration et la mise en œuvre de sa vision partagée, a appuyé la mise en place d’une coordination nationale des usagers(ères)-CNU dans chacun des 9 Etats membres et une coordination régionale (CRU).

Le travail des CNU/CRU autour des barrages a tout d’abord consisté à organiser des voyages d’études avec les populations, pour capitaliser les expériences avant, pendant, et après le recasement des populations affectées par des barrages déjà réalisés. Cette activité a été renforcée par des séries de concertation continue et de partage des leçons mais également la mise en place et l’animation d’un cadre de concertation entre les élus des communes affectées.  Je peux dire que cette préparation a beaucoup aidé les promoteurs des barrages notamment Kandadji (Niger), Fomi (Guinée) et Taoussa (Niger) avec la force de proposition (participation) des populations ce qui n’était pas pour les 1ères générations de barrages dans les années 80.

Il faut aussi souligner l’importance des échanges multi acteurs sur la recherche de solutions communes et concertées aux enjeux ce qui d’ailleurs a renforcé la confiance des populations vis-à-vis des promoteurs des barrages.

J’apprécie aussi bien le positionnement des CNU/CRU dans le suivi et la veille à la prise en compte des préoccupations en insistant sur des options adaptées aux besoins des riverains dans les études et instances de prises de décision.

Selon Sory Condé, (Enseignant, Commune rurale de Kinièro/barrage de Fomi, Guinée)” A travers la CNU, nos capacités ont été renforcées sur le barrage, nous avons partagé des expériences positives et négatives autour des barrages en Guinée et ailleurs et nous avons régulièrement l’information sur le  barrage. Au regard de ces expériences, nous tenons au respect des engagements tenus et insistons pour cela à l’établissement de contrat social entre le projet et les populations”

Vision de la participation de la société civile dans les grands investissements autour des infrastructures hydrauliques

A mon sens, dans le contexte des barrages, la société civile est un facilitateur de mise en œuvre des processus de par sa contribution aux différentes réflexions et son appui pour intégrer le projet dans les communautés. Cela ne l’empêche sans doute pas à jouer son plein pouvoir de mécanisme de veille afin que soient développés des projets s’inscrivant dans les standards internationaux et respectant les normes dans leurs phases d’opérationnalisation. Un projet, ouvert aux parties et prenant en compte leurs préoccupations est à moitié réussi.

Quelles Contributions possibles des CNU avant / Pendant / après la construction des barrages ?

Cette contribution peut se résumer en ces points :

  • Avant le barrage : (i) faire adhérer les populations en renforçant leur connaissance et participation (ii) renforcer la communication et la concertation entre les acteurs (iii) suivre et veiller à la prise en compte des préoccupations avec des options adaptées aux besoins des riverains dans les études et instances de prises de décision;
  • Pendant la réalisation : (i) Appui conseil aux populations et animation des comités locaux mis en place (ii) suivi du respect des compensations (iii) appui à la résolution des conflits.
  • Après le barrage : (i) appui conseil pour une meilleure gestion des infrastructures et équipements (iii) Plaidoyer pour l’appui technique aux populations (gestion des périmètres irrigués). Poursuite du dialogue entre les PAP les promoteurs

Enfin nous pouvons affirmer que la participation des CNU/CRU a été un véritable levier de promotion du dialogue autour de la réalisation des nouveaux barrages précités dans le bassin du Niger. Cependant, la trajectoire est encore longue pour voir le bout du tunnel avec l’envergure des tâches à venir d’où le besoin de rappeler l’importance pour les promoteurs de les associés davantage.  Il serait aussi indiqué pour les CNU/CRU de s’ouvrir à d’autres réseaux de la société civile pour élargir leur champ d’action sur des thématiques au-delà des barrages.

Merci de nous contacter aux adresses: nouradhine@gmail.com et richardsagno@gmail.com et visiteez le site http://www.crubn.com  pour la documentation nécessaire.